« L’Explosion a une matière, une matière unique qui est son, qui est le son.
L’Explosion joue, elle joue une musique, une musique sur un instrument au potentiel infini, qui est l’air.
L’air existe au seuil de la Porte sous forme de cordes, de cordes d’air dense qui vibrent sur une hauteur incalculable.
Le son qui sort de la Porte crée tout. Il crée le monde sur lequel nous marchons, ce qui est posé sur ce monde, ce qui s’y déplace et y vit.
Le vent est une forme du son, peut-être la plus linéaire et la mieux modulée, quoique pas la seule.
La pluie est aussi une forme du son. Les étoiles et les nuages et les couleurs, chaque animal qui avance en silence, chaque végétal qui pousse en stridulant, chaque pierre qui babille au-delà de l’audible, sont une forme du son.
L’Explosion ne détruit rien, elle enfante. Elle accouche les sons.
Les sons partent et se posent, partent et pollinisent, partent et finissent dans un cri rond, au creux d’une main qui est oreille. »

Alain Damasio – « La Horde du Contrevent »